4 février 2021, 10h30-13h
Propriétaires et héritiers de biens immobiliers dans les villes décroissantes : un regard international
Séminaire de l’atelier 6 « Faire territoire, faire société »
de l’UMR Environnement, Ville, Société
En croisant des regards nourris d’enquêtes menées aux États-Unis, au Japon et en France, ce séminaire s’intéresse aux ménages propriétaires d’un ou plusieurs biens immobiliers dans des espaces urbains soumis à des processus durables de décroissance. Alors que l’examen des politiques de revitalisation ou de décroissance planifiée conduites dans des villes en déclin s’est étoffé, le rôle que les petits propriétaires peuvent exercer sur les dynamiques de la vacance résidentielle reste encore peu étudié dans les champs de la géographie socio-économique et de l’aménagement. En interrogeant les profils et les parcours de propriétaires occupants, ainsi que les stratégies familiales qui peuvent se déployer autour de l’occupation et de la transmission d’un bien dans une ville en déclin, ce séminaire met l’accent sur les envers des politiques de soutien à l’accession à la propriété dans les sociétés en faible croissance. Il invite de ce fait à une discussion sur les disparités sociales, inter- et intra-générationnelles, qu’entraîne une inégale dé-valorisation des patrimoines fonciers et immobiliers en fonction de leur situation géographique.
“You’ve got to pay something to live in them buildings!”. Les propriétaires précaires face au déclin dans les villes perforées des États-Unis
par Florence NUSSBAUM (ATER, ENS Lyon)
Les quartiers dévalorisés des métropoles états-uniennes présentent un certain nombre de traits communs tels que l’ancienneté du bâti, une population vieillissante et une part importante de ménages issus de minorités ethniques. Sur ces territoires, déclin des valeurs immobilières et déclin démographique s’alimentent mutuellement et accentuent la paupérisation des petits propriétaires. Les quartiers en déclin sont dès lors la cible d’une intense activité spéculative qui tire parti de la faiblesse des valeurs foncières et immobilières et de la vulnérabilité des propriétaires occupants. Cette communication analysera l’impact du déclin sur la propriété des logements. Dans nombre de quartiers, la spéculation immobilière participe en effet à un mouvement plus large d’éviction des petits propriétaires qui peinent à défendre leurs droits, et ce même en l’absence de tout processus de gentrification. Cependant, certains habitants ont développé des tactiques d’appropriation de l’espace, en pratique et en droit, afin de s’assurer une place dans ces quartiers et d’endiguer leur dépeuplement. Il s’agira ainsi d’interroger la diversité des rapports au droit de propriété dans un contexte de déclin.
De la quête du sol au souci d’y échapper. Les outils du réinvestissement des « biens sans maîtres » dans les collectivités locales japonaises
par Sophie BUHNIK (chercheuse, Institut français de recherche sur le Japon à la Maison franco-japonaise) et Shun.ichirô KOYANAGI (professeur de droit, Université Dokkyô)
Les maisons vacantes représentent en 2020 plus de 13,5 % du parc de logements total au Japon, soit plus de 8 millions d’unités inoccupées pour diverses raisons. Parmi celles-ci, près de 4 millions d’entre elles correspondent à des biens non entretenus ni repris par d’éventuels successeurs des propriétaires occupants partis ou décédés. Certaines collectivités font face à une massification telle du phénomène qu’elle remet en question les fondements de la promotion et de la valorisation de la propriété foncière et immobilière, hérités du modèle de croissance d’après-guerre. Notre communication propose d’abord de rappeler les facteurs politiques, économiques, sociaux, juridiques et fiscaux expliquant les logiques de la valorisation/dévalorisation foncière et immobilière dans le Japon contemporain, puis d’exposer une répartition géographique influencée par des stratégies étatiques de soutien à la recentralisation de la production urbaine. Ensuite, grâce à des enquêtes menées auprès de banques de maisons vides, nous examinons les marges de manœuvre laissées aux collectivités territoriales pour négocier la reprise des biens inoccupés auprès d’ayants-droit identifiés.
Présentation de l’ouvrage La Ville inoccupée. Enjeux et défis des espaces urbains vacants
par Nadia ARAB (Professeure des Universités, École d’Urbanisme de Paris) et Yoan MIOT (Maître de conférences, École d’Urbanisme de Paris).
Crédits photographiques : Une maison fermée à Kaihimmakuhari, au nord de Chiba, octobre 2020
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
mariehoffner (27 janvier 2021). Propriétaires et héritiers de biens immobiliers dans les villes décroissantes. Carnet de recherche de l'atelier « Faire territoire, faire société ». Consulté le 16 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/d2cn
Une réflexion sur « Propriétaires et héritiers de biens immobiliers dans les villes décroissantes »