Pèlerinages, tourismes et patrimoines

Vendredi 2 octobre 2020 (9h30-12h30)
18 rue Chevreul, 69007 Lyon, salle 604

Séance organisée par Dominique Chevalier
(MCF-HDR Université Lyon INSPE / UMR EVS)

Cette nouvelle séance de l’atelier 6 (initialement programmée le 3 avril et reportée en raison du confinement lié au Covid-19) a pour objet les notions de pèlerinages, tourismes et patrimoines. Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, 37% des déplacements internationaux sont liés au tourisme culturel au sein duquel les aspects religieux et spirituels occupent une part importante. Ce tourisme repose sur des dévotions à la mémoire de saints, de lieux d’éclosion d’une tradition religieuse ou d’émergence de figure légendaire mais aussi sur des ensembles de monuments propres au patrimoine religieux. Le processus de patrimonialisation vient alors sublimer la désaffection des fonctions religieuses.

Trois communications croiseront ces thématiques polysémiques à travers plusieurs exemples.

La sécularisation : moteur de la patrimonialisation du pèlerinage ? Étude de cas des sanctuaires catholiques occidentaux

par Marie-Hélène Chevrier, ATER à la Faculté de Géographie et d’Aménagement de Strasbourg – Laboratoire Image, Ville, Environnement (UMR 7362)

Lorsqu’on associe les termes de patrimoine et pèlerinage, on pense dans un premier temps aux monuments des grands sanctuaires : le Mont-Saint-Michel, Notre-Dame de Paris, la basilique de Lourdes, les grandes basiliques contemporaines de Guadalupe (Mexico) ou de Fatima, etc. Mais le pèlerinage comprend également tout un patrimoine immatériel de pratiques rituelles, chants, danses, elles-mêmes nécessitant un certain nombre d’objets, de vêtements spécifiques ou autres.
Le fait de considérer les lieux et les pratiques de pèlerinage comme éléments du patrimoine n’est pas sans lien avec la sécularisation. En effet, plus le religieux est estompé de l’espace public, c’est-à-dire plus il devient rare, plus la société devient consciente de sa valeur. D’un objet omniprésent dans l’espace, le sacré devient un objet à préserver. L’enjeu de cette présentation sera donc de montrer, à travers l’exemple des lieux de pèlerinage catholiques, comment la sécularisation, tout en effaçant le sacré de l’espace public, engendre sa patrimonialisation.

Pèlerin Chrétien, Guide Juif, Terre Sainte : Enclaves sociales et flux de rencontres interreligieuses

par Jackie Feldman, Professeur du Département de sociologie et anthropologie à l’université Ben-Gourion du Neguev

Le pèlerinage en Terre Sainte était généralement compris comme l’expression d’une foi qui attirait les chrétiens de contrés lointaines dans les sites sacrés d’Israël/Palestine façonnés à l’image de la chrétienté du pèlerin.
Reposant sur trois décennies d’expériences comme guide juif pour pèlerins chrétiens, je montrerai dans cette présentation comment les pèlerinages guidés en Terre Sainte peuvent devenir des lieux où Judaïsme, Christianisme et Terre se constituent mutuellement à travers le dialogue et la performance.
Ma recherche conceptualise l’espace du pèlerin/touriste comme une zone de contact, un espace tiers où les hôtes, les invités et les médiateurs entrent en interaction et s’influencent l’un l’autre. Mon propos portera sur les potentialités des espaces sacrés qui, à la fois affirment les identités existantes et créent des liens de fidélité transcendant les limites sectaires et politiques.

Les nouveaux saints du Paradis de Zahra. Quelques réflexions sur la sacralisation des tombes des martyrs de la guerre Iran-Irak (1980-1988)

par Sepideh Parsapajouh, Chargée de recherche au CNRS, Centre d’études en sciences sociales du religieux (CéSor)

Les tombes des saints dans les mondes musulmans – tout comme ailleurs – constituent des lieux de dévotions et de visites pieuses (ziyârat). En Iran, ces lieux saints sont très nombreux, or depuis la fin de la guerre Iran-Irak (1980-1988), les tombes de certains martyrs de cette guerre sont aussi devenues des lieux de pratiques dévotionnelles et de les visites pieuse populaires. Dans cette présentation, dans le cadre d’une ethnographie des pratiques effectuée au sein des divisions des martyrs du cimetière de Behesht Zahra (Paradis de Zahra) de Téhéran, nous proposons quelques réflexions sur le processus de sacralisation de ces lieux d’un côté, et de leur patrimonialisation, de l’autre. 


Crédits photographiques : Baptêmes dans le Jourdain © Encountering the Bible LLC Jackie  

 

La mondialisation des pauvres

Jeudi 15 octobre 2020, 9h-12h
18 rue Chevreul, 69007 Lyon, salle de la Rotonde

Séance organisée par Karine Bennafla, Dominique Chevalier, Judicaëlle Dietrich (UMR EVS) et les étudiant·e·s du Master MEMED (Mondes émergents Mondes en développement) de Lyon-3

La séance est libre. Toutefois, en raison des conditions sanitaires actuelles, merci d’indiquer votre présence, à l’adresse suivante : dominique.chevalier@univ-lyon1.fr

Cette séance de l’atelier 6 inaugure un cycle de trois conférences qui s’inscrivent à la fois dans les thématiques de l’atelier, celles du Master Memed et la préparation à la question « Frontières » des concours d’enseignement.

Olivier Pliez, Directeur de recherche au CNRS (ART-Dev, UM 5281), viendra présenter son livre La mondialisation des pauvres, co-écrit avec Armelle Choplin (Université de Genève)

La mondialisation ne se résume pas au succès de quelques multinationales et à la richesse d’une minorité de nantis. Les acteurs les plus engagés dans la mondialisation demeurent discrets, souvent invisibles. Depuis une trentaine d’années, les routes de l’échange transnational ont connu de profondes mutations. Elles relient aujourd’hui la Chine, souvent considéré comme « l’atelier du monde », à un « marché des pauvres » fort de quatre milliards de consommateurs, qui recoupe généralement les Sud. Pour apercevoir ces nouvelles « Routes de la Soie », il faut se détacher d’une vision occidentalo-centrée et déplacer le regard vers des espaces jugés marginaux, où s’inventent des pratiques globales qui bouleversent l’économie du monde. On découvre alors une « autre mondialisation », vue d’en bas, du point de vue des acteurs qui la font.


Crédits photographiques : Restaurant arabe à Yiwu (Chine) © Olivier Pliez